REVOIR PARIS ET MOISIR
Je m'écroule à 20 heures et je me réveille avant l'aube. Désemparé, je me lève avant le soleil et je ne sais pas quoi faire de ma journée. Comment agencer les heures qui se dressent devant moi comme la tour Saint-Jacques. Mon horloge s'inverse : c'est un début de solution. Je m'écroule à l'heure où Claire Chazal ouvre son journal, je m'étale, pataud, dans le lit que je n'ai pas défait, à même la housse de canapé imitation blue-jean, rêche, à 20 heures je n'ai pas la force de tout défaire pour un confort accessoire. Avant l'aube je me lève, après ces heures de sommeil qui dit-on comptent double avant minuit, ces heures de sommeil que l'on dit réparatrices, il faut croire qu'elles m'ont rafistolé le moral : je me lève avec la tour Saint-Jacques plantée au pied du lit avec l'envie de la gravir.
Morano et Dati
Pécresse en tunique
Nous avons des femmes au pouvoir
Lefèvre porte-parole
Porte-parole de sa propre connerie, oui
Nous avons la droite la plus con du monde
Nous avons les femmes au pouvoir
Les plus connes du monde
Nous avons Carla Bruni
Perchée à l'Elysée
Comme un aigle sur une couronne de gui
Tous ceux qui veulent changer le monde
Allez chanter allez danser
Qu'on vous marche sur les pieds
La terre est féconde
La preuve : Xavier Bertrand
Enceinte de Sarkozy depuis trente mois
Nous avons la droite la plus con du monde
Mais vous pouvez chanter avec Carla
Et danser avec Brice
Sauf si vous êtes auvergnat
Si vous êtes beur ça va
Si vous êtes afghan on verra
Nous avons au pouvoir des femmes de droite
Et leurs maris
On se demande bien
S'ils l'ont bien droite
Devant elles
Pas devant Carla Bruni
Nous avons la droite la plus con du monde
C'est une farce
Dont
Pour le troisième Noël consécutif
J'en ai ma claque
Nous sommes les dindons
Je me lève avant le soleil, je ne ferme plus les rideaux. J'ai tourné la tête et j'ai vu la neige. Les flocons épais, un rideau dense comme une télévision mal réglée, assourdissaient la ville. Les bruits du centre, du clocher, les chants des enfants de l'école juive privée. Rue des Rosiers je dérapais sur le pavé transformé en patinoire. Je portais des chaussures de ville : faire illusion à Pôle Emploi. Je n'ose plus ouvrir les fenêtres pour aérer l'appartement, tant l'air est glacial, tant l'illusion de chaleur interne me protège. L'eau se condense sur les fenêtres embuées.
Nous sommes les dindons
De la droite la plus con du monde
Qui porte des femmes au pouvoir
Des femmes fécondes
Des femmes françaises
Bien françaises et bien blondes
Des femmes qui se prennent pour Jeanne
Des femmes qui se prennent pour Marianne
Elles ont leur corps à leur arc
Elles ont une identité
Nationale
Vos papiers s'il vous plaît
Leurs idées ne sont pas les miennes
Leur identité n'est pas la mienne
Et pourtant j'ai mes papiers
Ma carte nationale d'identité
Vous voulez me voir danser
Vous voulez m'entendre chanter
Mesdames vous êtes servies
Mes paupières pèsent dix tonnes. Elles tombent comme les rideaux de fer des boutiques du quartier, simultanément. Demain est un autre jour. Demain ne meurt jamais. Alors je coupe au plus court, hommage à mon préavis de fin de contrat, je coupe les heures du jour et de la nuit et passe directement au lendemain. Un transfert. Sans décalage horaire. Le jet-lag a suivi New York comme une traînée de poudre d'escampette, le marchand de sable mesquin derrière la locomotive et je reprends à Paris mes quartiers d'hiver dans la ville-musée, la ville-Lumière sans électricité. Ces heures dures comme les pierres de la tour Saint-Jacques qui s'érige quand le soleil se décide à percer, qui s'érige dans la mollesse du ventre et l'âpreté du café, ces heures durent. La foi en soi est un fer à repasser, lissant les heures à plat comme un tapis rouge au pied de la tour Saint-Jacques, moteur d'un pèlerinage vers l'emploi. La foi, en soi.
Allons, enfer de la Patrie
Le jour du cloître est arrivé
Contentez-vous de la tyrannie
Les tampax sanglants sont levés
Les tampax sanglants sont levés
Entendez-vous dans leurs campagnes
Mugir ces féroces castrats ?
Ils viennent jusque dans nos droits
Nous spolier, nous condamner au bagne
Aux armes ! Paladins
Formez circonscriptions
Kärshons, kärshons
Qu'un sang de putes
Abreuve nos sillons
L'eau se condense sur les fenêtres embuées. Formant des larmes sur les parois. Ces larmes qui sont la sensibilité que mes yeux, vitres étanches, se refusent à exprimer. Quand les lois de la physique se chargent des métaphores... Bel essai. Rue des Rosiers j'ai dérapé.

1 commentaires:
« L’insomniaque entretient avec son monde un rapport de plaignant. Il transforme - par une algèbre proche de celle de la revendication - sa crispation en générosité virtuelle. La moindre de ses pensées est don de soi. D’où son goût pour l’emphase dans laquelle il noie tout : ses cris, sa douleur, ses manques sont immédiatement marqués du signe de l’affirmation. »
Isaac Joseph, Le passant considérable, Paris, Librairie des Méridiens, 1984, p. 13.
Un passant
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