dimanche 31 janvier 2010

PENDUE


LE PETIT ENDROIT

Vous qui venez ici,
Dans une humble posture,
De vos flancs alourdis
Déposer le fardeau,
Veuillez, quand vous aurez soulagé la nature
Et déposé dans l'urne un modeste cadeau
Epancher de l'amphore un courant d'onde pure
Et, sur l'autel fumant poser en chapiteau
Ce couvercle arrondi dont l'austère jointure
Aux parfums indiscrets doit servir de tombeau.

Alfred de Musset


J'avais lu quelque part - et évidemment, quand il s'agit de remonter les sources on ne les retrouve plus - que Musset avait composé cette ode au cabinet d'aisance à l'occasion d'une pendaison de crémaillère : les invités avaient chacun hérités d'une pièce à honorer d'un poème et Musset avait récolté les gogues. C'est le seul de ces poèmes à être passé à postérité, quand on sait que la plus connue des lettres de la princesse palatine est celle qu'on connaît sous le nom de "lettre scatologique", je vous laisse tirer les conclusions des goûts du grand public. Bref. Je m'étais donc dit, à l'aune de ce concours dont l'idée m'avait beaucoup amusé, que lorsque le glorieux jour viendra où je fêterai mon indépendance de logement, j'imposerais le même défi à mes invités. Cette putain de crémaillère ayant été dignement pendue (c'est-à-dire, comme il se doit, la marmite débordant d'alcool) je vous livre les oeuvres de mes convives, anonymement (à la demande de certains) - à vous de deviner la pièce, l'élément électroménager ou le mobilier qui leur était dévolu ; les soluces en commentaire.


POEME 1

Je dois faire un putain de poème,
Et, bien que j'ai l'air de m'en foutre,
Il faudra bien que je place, le mot poutre.

Faut-il, que ce petit con, je l'aime,
Pour qu'il arrive à me faire écrire une bafouille
Alors que j'en ai déjà plein les couilles !

Quoi ? J'ai oublié le thème ?
Vous attendiez que je place "foutre" ?
Mais quels que soient les producteurs
Un brun, un blond, un roux même
Personne n'aura une suffisante fureur
Pour, avec son foutre, atteindre de si belles poutres.

POEME 2

Des semaines que tous les matins,
Dès que le réveil est éteint

Vous venez saisir ma poignée
Et c'est bien grand que vous m'ouvrez

De vos yeux encore endormis
Vous me scrutez, je suis séduit

En moi vous plongez votre main
Oh oui ! Comme ça me fait du bien

Ca ne dure jamais très longtemps ;
Une fois servi, vous me quittez !
C'est seul que je vais patienter
Et vous attendre des heures durant

Mais ce matin, je suis surpris
Qui est donc ce bel inconnu
Qui, devant moi, se balade nu ?

Sur mon corps de blanc immaculé
Ce petit mot il a laissé :
"Un grand merci pour cette folle nuit !"

POEME 3

Pièce maîtresse de la maison,
Lieu de régénération,

Si le mobilier parlait,
Oh ce qu'il raconterait,

Des plaisirs en solitaire
Et ces garçons éphémères,

De ces nuits d'inspiration,
De ces élans de luxure,
Y dormir est une aventure,
Dans ces draps souillés de passion,

Petit Baron a grandi,
Il est maintenant installé,
Bon courage à sa literie,
Le supporter est sa destinée.

POEME 4

200g de lard, une pâte feuilletée,
3 oeufs, crème fraîche et un poulet,
2-3 oignons, des champignons frais,

Le poulet coupé en morceaux et les oignons émincés,
Epouseront dans l'huile le lard, délicatement haché,
20 minutes pour l'union sceller,
Avec du cognac flambé.

Le poulet doré et sa sauce reposeront
Dans un plat à gratin beurré bien à fond,
Lamelles d'oeufs durs et de champignons
Crème fraîche, sel et poivre les y rejoindront.

La pâte recouvre l'ensemble,
Un jaune d'oeuf pour dorer
Et 20 minutes au four, feu moyen s'il vous plaît.

Dans la maison de l'alcool superflue n'est point la cuisine
Si l'on met d'abord la main à la pâte au lieu de la pine.
Un regard enjôleur, une pincée d'attention,
Cette "Irish Pie" est un bonheur, la clé vers la fellation.

POEME 5

Il est dans nos maisons, un témoin, un ami
De notre déraison, de sinistres beuveries
Délivrant sur l'instant ses liquides esprits
Breuvage de tous temps, de tous cieux, tous pays

Qu'importe le flacon, pourvu qu'on ait l'ivresse
C'est la loi, c'est le droit, en de telles bacchanales
Maux de têtes, céphalées, en conclusions fatales
Dont ses jolis poisons, sont déjà la promesse

Bar à eaux point n'en faut, bar à vin c'est divin
Et s'il n'en fallait qu'un le bar américain
Qui renferme en son sein ses alcools chéris

Complice de nos péchés, misérables conduites
Qu'éclaire la sagesse de la vox populi
A cette vérité, qu'un bon cru vaut bonne cuite.

POEME 6

Colle-moi... colle-moi !
Plaque-moi ici... là !
Contre la porte du placard.
Chercherais-tu à me faire sortir
de mes gonds ?
Tu le veux. Je le lis dans ton regard.
Allez debout petit con !
Montre-lui ce que tu vaux, à cette armoire !

POEME 7

Dans la demeure pervertie,
Emplie d'ivresse, sans aucun bruit,
Réside un lieu d'intimité
Que nul ne doit venir troubler

A peine la porte dépassée,
Le ressenti allait changeant,
Tes mains sur moi si frêles avant,
Ont exprimé leur souveraineté.

Mais c'est alors que l'être aimé,
Par un objet ci-gît posé,
Surgit soudain à la mémoire
Survient alors ton désespoir.

Mes yeux sur toi ne posent plus,
Qu'un regard froid, désir perdu.
Entre les murs de ce royaume,
Il n'y avait plus le même arôme.

Changer de chambre, t'abandonner,
Partir vers lui te voir sombrer
Tu n'auras plus que mon sourire
Puisque c'est lui qui me fait vivre.

POEME 8

On me dit froid, un peu austère
On me vide, on me remplit, sans en avoir l'air
On me salit, on m'ignore, ça m'indiffère,
Je suis Robert le frigidaire
Du champagne, de la vodka ou de la bière
Un vieux plat de pâtes, de raviolis ou du gruyère
Vestiges d'une vie de richesse ou de misère
Je suis Robert le frigidaire
Qu'on me touche, qu'on m'ouvre, je m'allume, je suis vulgaire
Baron, quoiqu'il arrive je te serai fidèle jusqu'au cimetière
Alors regarde-moi, aime-moi, j'en serai fier
Tu vas me quitter, je t'attendrai...des nuits entières
Je suis Robert le frigidaire.

POEME 9

Il fait bon y passer du temps
On en sent après le soulagement
On peut même y lire en attendant
N'oublie pas de tirer la chasse en partant.

3 commentaires:

Baron Rouge a dit…

1) Les poutres
2) Le réfrigérateur
3) Le lit
4) La cuisine
5) Le bar américain
6) Le post-it (entre autres choses !)
7) La chambre
8) Le réfrigérateur - bis (Robert, donc)
9) Les gogues

Fabisounours a dit…

ah c'est nul que tu mettes les réponses j'allais me lancer. J'avais bien vu les deux frigos, me demandant si tu en avais plusieurs chez toi. Les toilettes c'est bon, j'avais compris, pour les poutres je pensais au plafond, le bar c'était bon aussi, j'avais pas saisi le post it...
Et c'est quand meme fou, tous ces poèmes parlent de tes amants, presque. A croire qu'ils se sont donnés le (bon) mot. :D

Baron Rouge a dit…

Nan, un seul frigo, il vaut mieux dans un 29m2. Je ne sais pas pourquoi Seb l'a surnommé Robert alors qu'il y a un gros sticker du Che dessus !...

Il n'est pas question de s'être donné le mot mais plutôt d'avoir cédé à cette fallacieuse réputation qui me poursuit. Ca se saurait si je les faisais tomber comme des mouches.

Il en reste un à publier, promis j'attendrai ton commentaire avant de donner la réponse.