lundi 2 août 2010

CORRESPONDANCE(S)



A CDdB, 28 juillet 2010.

Je ne vais pas trop mal si ce n'est, comme tu l'as noté, que c’est le mois de mon anniversaire et je suis toujours une loque morale qui empire progressivement à l'approche de la date fatale. Innovation cette année : je ne suis pas en France, à Paris, à organiser une orgie monstre en deux parties pour noyer mes tourments de vieillard en devenir dans l'opulence sociale. Je suis à 15000 kilomètres de Paris dans une ville moyenne (à tous niveaux) intitulée Cairns, j'ai rencontré un petit groupe de personnes qui m'apprécie et qui me prépare une fête dans la maison, je pense qu'on va s'amuser et que je vais être gâté, je ne suis pas seul mais j'ai peur.



A M., 21 juillet 2010

Oui, je pense que l'Australie a changé la perception de beaucoup de choses.

En parlant de connards, la transition est toute trouvée : […]

Je suis à Cairns en ce moment - c'est dans cette ville d'intérêt médiocre, qui ne sert véritablement que de porte d'entrée pour la Grande Barrière de corail et les merveilles de l'intérieur des terres, forêt humide tropicale, cascades et plages au nord, cascades et lacs volcaniques dans l'arrière-pays, plages et saut en parachute au sud, que je fêterai mon anniversaire. Après la petite auberge de jeunesse conviviale où je m'étais posé dans l'optique d'une recherche de travail intense, mes amis du road trip Hamdi et Salva ainsi que des nouvelles rencontres (Cédric, Jasmyne, Murielle, Julie et Audrey) et moi nous sommes installés dans une sharehouse où l'on vit à 10 avec la proprio. Il y a une piscine et des hamacs, l'internet gratuit, le tout pour 70 dollars la semaine (élément de comparaison : en backpack le moins cher à Cairns c'est 120 dollars la semaine). […] Cette semaine sera assez ardue, on a trouvé du taf dans une fête foraine, 12 heures par jour d'aujourd'hui à vendredi, et je fais en plus les petits dèj à l'hôtel gay jeudi, vendredi, samedi et dimanche. Dur, dur mais il était temps de renflouer les caisses. C'est l'objectif jusqu'à mi-août, ensuite le road trip devrait reprendre. Côté mecs c'est la cata. J'ai rencontré un Français (par hasard, dans la rue) [...], il est pédé, il bosse dans un café, mais ça me prend la tête, il me fait tourner en bourrique. Il s'appelle Cyril (ce doit être pour ça).



A T., 20 juillet 2010

Tu connais mes talents de procrastinateur : en Australie et a fortiori en road trip, la nomadisation n'aide pas non plus à garder un contact régulier. Je te présente mes excuses en essayant de me rattraper du mieux que je peux !

[…]

Pourquoi l'Australie... Tant de raisons à l'origine et tant de raisons de me féliciter pour ce grand saut une fois sur place ! Déjà parce que je pouvais prétendre à un Visa Working Holiday d'un an et que ces précieux sésames ne sont délivrés qu'aux moins de 31 ans révolus. Il me restait encore quelques années avant la deadline... mais, deuxièmement, c'était le moment idéal. J'étais prêt à franchir ce pas, psychologiquement et financièrement ; partir seul sans connaître personne à l'autre bout du monde relevait d'un énorme challenge. Je crois que la plus grande satisfaction de ma de moins en moins courte vie est d'avoir réalisé ce défi avec brio !
- Avec qui ? (Le Père Noël est une ordure)

D'autre part, je n'avais rien de mieux à faire à Paris depuis que je me suis fait salement dégager de l'OCDE. Déjà avant l'OCDE, pendant mon année de chômage, même encore avant à la fin de mon Master lors de ma deuxième seconde année, je me demandais ce que je foutais là, conscient de la putridité de ma situation. Je ne branlais rien de constructif, je ne me sentais vivre qu'à l'étranger au travers de voyages en sac à dos et je n'allais nulle part, enfin si, j'allais en boîte, j'ai fini par pénétrer l'obscur monde de la nuit pédé parisienne qui à la fois me rebutait et me fascinait tant, voilà, j'ai percé ses mystères, ses mirages, qui ne me laissent l'impression après-coup de ne m'avoir rien apporté sinon accentué mon alcoolisme et ma déréliction. Il fallait le vivre, je suppose. Au bout de deux ans de ça, il fallait assurément s'en extirper.

Je me suis tiré, et je m'en suis tiré. Les démons (de la nuit) ne sont jamais loin mais je me sens revivre. Je vis et je vois des choses extraordinaires, et ce n'est que le début.



A Ade., 24 mai 2010

Depuis la bibliothèque municipale de Brisbane j'ai nettement plus de temps et une connexion wifi plus que correcte pour enfin répondre à tous les messages en retard. Non pas que le temps manque cruellement pour répondre, en fait, on est surtout en vacances donc on a le temps mais tu découvriras qu'en road trip, se concentrer est difficile et qui plus est quand il s'agit de se retourner sur ce qu'on a quitté dans son pays et sa ville d'origine. C'est vraiment étrange, le rapport à sa vie ordinaire parisienne, je suis quelque part coincé en dégoût et nostalgie, tristesse et rage, je ne sais pas... Ce qui est sûr c'est que ça ne fait pas obstacle au bonheur d'être un aventurier en Australie, mais ça occupe bizarrement une énorme part de réflexion disponible. Le tout sans savoir pourquoi... J'analyse tout ça et je te dis !

[…]

Comme je te l'avais dit brièvement sur Facebook, il est impossible de regretter le grand saut. Parce que même si ça foire niveau boulot ou quoi, en quelques semaines ici tu peux avoir déjà rentabilisé ton billet d'avion aller retour en doses d'émerveillement (à condition d'avoir son petit pécule sur le compte en banque pour se payer des trucs tout compris). Pour ce qui est de mon voyage, j'ai quasiment fini d'écrire les billets sur le blog, je les publierai tous d'un coup. Géographiquement, en un peu plus d'un mois je suis monté de Sydney à Brisbane ; humainement j'ai rencontré une trentaine de personnes et j'ai changé une fois de van, je suis maintenant avec deux nanas bisexuelles complètement déjantées (pense à voir ou revoir le film Priscillia Folle du Désert !) et on cherche de plus en plus sérieusement du boulot de fruit picking. […] C'est la saison des fraises !



A F., 25 février 2010

A un mois et quelques du grand saut australien j'ai un planning de fou-furieux semé d'embûches, d'imprévus et de points d'interrogation, qui nécessite que tu t'assoies pour que je te l'expose, prends un crayon et ta respiration.

[…]

Si tu acceptes la mission artistique que je te confie et dont nous partagerions le secret génie (slash, le génie secret) nous pourrions ainsi réaliser notre œuvre, ou en fin de semaine prochaine, ou en début de semaine d'après - ou juste avant mon départ. En tout cas il me faudra entre les 2 RDV, si tu acceptes, un peu de temps : il faudra que j'achète la toile, les pinceaux, la peinture et la rendre toute prête pour la touche finale.


A G., 13 juillet 2010

J'ai baisé avec […]. Samedi, complètement déchirés, quelque temps après t'avoir eu au téléphone, dans la douche du backpack. J'ai re-baisé, enfin. 3 fois en 3 mois et demi (certes avec 3 mecs différents) je désespère un peu. Je savais qu'il était bi, il nous a rejoints de Melbourne pour suivre le road trip à partir de Cairns. C'était un peu téléphoné et j'avais misé dessus, ça se préparait depuis plusieurs semaines en secret entre C. et moi, je crois que je me serais shooté si c'était pas arrivé. Sa bite est dans la catégorie "dinosaures". J'espérais un peu quelque chose de suivi, pépère, un petit coup de temps en temps... Il a écourté son séjour, a pris un billet d'avion pour rentrer en France trois jours plus tard. Raison ? sa nana lui manquait trop. Il rentre à Paris pour lui faire un gosse.



A P. & P., Ressources Humaines de l’OCDE, 23 février 2010

Chère P., chère P.,

Je suis désolé de revenir vers vous et de vous prendre un peu de temps, mais toutes mes questions n'ont pas encore été réglées.

J'ai bien eu la réponse concernant la mutuelle et j'ai bien reçu le paiement du mois de décembre, et je vous en remercie. En revanche je n'ai pas reçu la fiche corrigée de ce mois de décembre. Cela peut paraître véniel mais je risque d'en avoir besoin pour les impôts et d'autres pôles administratifs, cette requête est d'autant plus urgente que je quitte la France pour un an à compter du 1er avril, pour l'Australie, de là-bas je ne pourrai plus m'occuper de ça et par conséquent, je dois réunir tous les documents à l'avance pour les confier à mes parents. Même scanné par mail cela ira, je l'imprimerai moi-même.

Ensuite, d'un point de vue personnel et psychologique, je souhaite profondément que l'on m'informe des conclusions de l'enquête interne diligentée par les services informatiques au sujet de la facture de téléphone, un mystère qui a entaché mon CDD à l'OCDE et dont j'attends d'être blanchi - j'aimerais autant que vous savoir ce qui s'est passé.

Je vous remercie de votre compréhension.

Cordialement.



A P. & P., Ressources Humaines de l’OCDE, 4 avril 2010

Dear P., dear P.,

I knew I was not an important member of the structure, but I didn't think an auxiliary was so insignificant he didn't even deserve an email reply.

I guess this is the ultimate lesson to learn about the OECD experience.

This request was important to me. I have now left France without my answer and without the sheet I very much hope for you and for me no administration will request during my time abroad.

Regards.